French
Español
GermanItalian

Language

sitemap

 

lettre ouverte aux sceptiques

Vous avez raison... dans ce monde rien n’est sans toxicité. L’air que nous respirons est toxique. La nourriture que nous mangeons est toxique. Les médicaments que notre médecin nous prescrit sont toxiques. Même les matériaux que nous vous présentons ici sont toxiques. La “toxicité” est un concept relatif...

Si nous persistons cependant à parler de “gravure non-toxique” c’est sans doute parce qu’à sa naissance, dans les années 1990, l’enfant a été baptisé ainsi. Cette terminologie est par ailleurs passée dans l’usage, si bien que les autorités l’utilisent pour la rédaction des textes officiels sur la protection de l’environnement. Ainsi, la “gravure non-toxique” est devenue une appellation commune, en quelque sorte un label, pour qualifier un ensemble de méthodes plus saines et moins polluantes dont la plupart des artistes graveurs ont au moins dû entendre parler. Voilà pour la dénomination.

Bien qu’il eut été préférable de parler de “gravure moins toxique”, le fait d’utiliser l’expression “gravure non-toxique”, avec la provocation apparente que cela suppose, a permis d’initier le débat entre partisans et adversaires de cette nouvelle approche et a mis l’emphase sur ce que nous faisons, à ce que nous omettons de faire et à ce que nous devrions faire... Or pendant cinq siècles personne ne s’était préoccupé de ces questions, que ce soit vis-à-vis des matériaux ou encore des méthodes de travail de l’artiste graveur. Ce n’est que depuis l’apparition de ces nouvelles techniques, que l’idée de prendre en considération notre santé, celle des autres et l’impact sur l’environnement est devenue un sujet de discussion.

De ce fait, il n’est plus pensable aujourd’hui de continuer à travailler avec les matériaux et méthodes conventionnels, pas même dans les écoles équipées de systèmes de ventilation les plus efficaces: que deviendra un élève formé exclusivement aux méthodes toxiques lorsqu'il ne pourra pas se permettre les systèmes de sécurité nécessaires?

Il est clair qu’il ne s’agit pas ici d’un simple choix individuel, mais d’abord d’une responsabilité collective, vis-à-vis de nos proches autant que de l’environnement. L’avenir est à la gravure “non toxique” ou “moins toxique”, engageons donc, dans cette perspective, le débat de manière également saine. Mais n’oublions pas que notre inspiration première est d’ordre artistique: c’est en développant notre pratique que nous ouvrirons de nouvelles perspectives techniques qui, nous l’espérons, rendront notre vie meilleure, autant spirituellement que physiquement.

Henrik Boegh